alt déc., 26 2025

Si vous avez déjà acheté un médicament générique au Canada, vous avez peut-être été surpris de voir son prix plus élevé qu’aux États-Unis. Pourtant, le Canada dépense moins d’argent en médicaments que les États-Unis - environ 43 % de moins par habitant. Comment est-ce possible ? La réponse réside dans deux systèmes fondamentalement différents pour gérer les génériques.

Le Canada contrôle les prix, mais pas comme vous pensez

Le Canada ne fixe pas les prix des médicaments génériques directement. Au lieu de ça, il utilise une négociation centralisée. Depuis 2010, les provinces et territoires se sont regroupés dans l’Alliance pancanadienne des médicaments (pCPA) pour acheter en gros. Ce pouvoir d’achat leur permet de négocier des réductions massives avec les fabricants. Mais attention : cette règle ne s’applique qu’aux médicaments remboursés par les systèmes publics. Ce qui représente environ 42 % des ventes totales.

Les génériques ne sont pas sous le contrôle du Conseil d’examen des prix des médicaments brevetés (PMPRB), qui ne s’occupe que des médicaments brevetés. Cela crée une situation étrange : les médicaments de marque sont bien encadrés, mais les génériques, eux, sont laissés à la négociation entre les provinces et les entreprises. Résultat ? Certains génériques sont plus chers au Canada qu’aux États-Unis - même si la plupart des autres médicaments sont moins chers.

Les États-Unis : la loi du plus fort

Aux États-Unis, il n’y a aucune limite fédérale sur les prix des génériques. Le marché décide tout. Dès qu’un brevet expire, plusieurs fabricants entrent sur le marché. En moyenne, il y a 7,3 fabricants pour chaque générique aux États-Unis. Au Canada, ce chiffre tombe à 3,8. Plus de concurrents = plus de baisse des prix. C’est pourquoi, selon PharmacyChecker, les prix des génériques aux États-Unis sont en moyenne 68 % plus bas qu’au Canada.

Par exemple, un traitement de 90 jours d’atorvastatine (Lipitor générique) coûte environ 45 $ CAD au Québec ou en Ontario. Même quantité, achetée via une pharmacie américaine en ligne, coûte 12 $ USD. Ce n’est pas une exception. 88 % des génériques les plus prescrits sont moins chers aux États-Unis.

Le paradoxe canadien : des prix plus élevés, mais moins de pénuries

Le système canadien a un avantage invisible : il évite les pénuries. Pendant la crise de l’albutérol en 2022, les hôpitaux du Canada ont reçu des livraisons prioritaires grâce à une surveillance active de Santé Canada. À Seattle, un hôpital a attendu des semaines sans médicament. Pourquoi ? Parce que le Canada suit de près la production et les stocks. Quand un médicament est en danger, les autorités interviennent - avec des solutions comme la production par des laboratoires privés ou la réduction des quantités prescrites à 30 jours.

Les États-Unis, eux, réagissent après coup. La FDA n’a pas de système proactif pour anticiper les ruptures. Résultat : 2,5 fois plus de risques de pénurie pour les médicaments vendus par un seul fabricant. Et dans les deux pays, plus de 90 % des pénuries concernent des génériques - souvent parce qu’un seul producteur les fabrique.

Aisle de pharmacie américaine avec clients comparant les prix sur leurs téléphones, ambiance chaotique et néon.

Les pharmaciens vivent deux réalités différentes

En Canada, les pharmaciens passent 5 à 7 heures par semaine à gérer les prix. Pourquoi ? Parce qu’il y a trois niveaux de tarification selon la concurrence. Un générique peut être classé dans le niveau 1 (très compétitif), 2 (moyen) ou 3 (peu de concurrents). Chaque niveau a un prix de référence différent. Le pharmacien doit vérifier le bon niveau, le bon plan d’assurance, et parfois appeler le patient pour lui proposer une alternative.

Aux États-Unis, les pharmaciens n’ont pas ce système. Mais ils doivent jongler avec des centaines de plans d’assurance privés, chacun avec sa propre liste de médicaments couverts. Un patient peut avoir besoin de vérifier 3 pharmacies avant de trouver le prix le plus bas. Sur GoodRx, 63 % des Américains le font. Au Canada, en moyenne, il faut consulter 1,7 pharmacies.

Les patients : entre économie et sécurité

Les Américains aiment les prix bas. Sur PharmacyChecker, 82 % citent « des prix constants et bas » comme leur principal avantage. Les Canadiens, eux, valorisent la stabilité. Dans une enquête de 2023, 68 % des patients canadiens disent n’avoir jamais eu de problème d’accès à leurs génériques essentiels. Aux États-Unis, ce chiffre tombe à 49 %.

Les gens ne voient pas toujours le prix. Ils voient si leur médicament est là quand ils en ont besoin. Pendant une crise, ce n’est pas le prix qui compte - c’est la disponibilité. Et là, le Canada gagne.

Carte de l'Amérique du Nord montrant les pénuries aux États-Unis et la stabilité au Canada, avec un agent de Santé Canada.

Le futur : des tensions croissantes

Les États-Unis veulent importer des médicaments du Canada pour réduire leurs coûts. Le Vermont, le Colorado et bientôt la Floride ont adopté des lois pour le faire. Mais le Canada a réagi. En janvier 2023, il a mis en place un cadre de résilience de la chaîne d’approvisionnement pour empêcher les exportations massives qui pourraient créer des pénuries chez nous.

Les experts s’interrogent. Certains disent que les prix élevés des génériques menacent le modèle canadien. D’autres soulignent que les économies globales sur les médicaments brevetés compensent largement ces coûts. En 2023, les génériques ont fait économiser plus de 37 milliards de dollars au système de santé canadien - un chiffre qui dépasse de loin les pertes liées aux prix plus élevés.

Le Canada ne cherche pas à être le moins cher. Il cherche à être le plus sûr. Les États-Unis ne cherchent pas à être le plus sûr. Ils veulent être le moins cher. Les deux systèmes ont des forces. Mais ils ne peuvent pas être comparés comme deux produits sur un rayon de pharmacie. Ce sont deux philosophies de santé.

Et maintenant ?

Si vous êtes canadien et que vous payez trop pour vos génériques, vous avez des options : utilisez les programmes de rabais des pharmacies, comparez les prix entre les pharmacies locales, ou demandez à votre médecin si un autre générique équivalent existe. Si vous êtes américain et que vous vous inquiétez des pénuries, surveillez les nouvelles sur les ruptures de stock. Et souvenez-vous : un prix bas ne garantit pas une disponibilité permanente.

Pourquoi les génériques sont-ils plus chers au Canada qu’aux États-Unis ?

Parce que le Canada n’a pas de concurrence aussi forte que les États-Unis. Avec une population 10 fois plus petite, il y a moins de fabricants de génériques. Moins de concurrents = moins de baisse des prix. Aux États-Unis, des dizaines d’entreprises entrent sur le marché dès qu’un brevet expire, ce qui fait chuter les prix. Au Canada, les prix sont négociés par les provinces, mais sans pression concurrentielle aussi intense.

Le Canada contrôle-t-il les prix des médicaments génériques ?

Pas directement. Le Conseil d’examen des prix des médicaments brevetés (PMPRB) ne s’occupe que des médicaments brevetés. Pour les génériques, les provinces négocient les prix avec les fabricants via l’Alliance pancanadienne des médicaments (pCPA). C’est une négociation collective, pas un prix fixé par la loi. Cela permet des économies, mais pas toujours des prix les plus bas du monde.

Pourquoi les pénuries de médicaments sont-elles moins fréquentes au Canada ?

Santé Canada surveille activement les stocks et les chaînes d’approvisionnement. Quand un médicament risque de manquer, les autorités interviennent : elles encouragent la production locale, autorisent des importations temporaires, ou imposent des limites sur les quantités prescrites. Aux États-Unis, la FDA réagit après la pénurie. Le Canada anticipe. Cela évite les ruptures critiques, surtout pour les médicaments essentiels comme l’insuline ou les bronchodilatateurs.

Le Canada pourrait-il adopter le modèle américain pour réduire les prix ?

Techniquement, oui. Mais ce serait un risque. Un système ultra-compétitif comme aux États-Unis peut entraîner des pénuries, car les fabricants abandonnent les génériques peu rentables. Le Canada préfère une stabilité moindre en prix, mais plus grande en disponibilité. De plus, les États-Unis ont un système d’assurance très fragmenté - ce qui rend les prix plus complexes à gérer pour les patients. Le Canada privilégie la simplicité et l’équité.

Quel pays a le meilleur système pour les patients ?

Ça dépend de ce que vous valorisez. Si vous voulez le prix le plus bas possible, les États-Unis gagnent. Si vous voulez être sûr que votre médicament sera disponible même en crise, le Canada gagne. Les deux systèmes ont des défauts. Le Canada a des prix plus élevés pour certains génériques. Les États-Unis ont des ruptures fréquentes et des coûts cachés pour les patients sans assurance. Il n’y a pas de système parfait - seulement des choix différents.

14 Commentaires

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    Rémy Raes

    décembre 27, 2025 AT 22:54

    bonjour j'ai acheté du générique à Montréal l'année dernière et j'étais choqué du prix... j'ai comparé avec une pharmacie en ligne américaine et c'était la moitié... mais bon, au moins j'ai pas eu à courir partout pour le trouver 😅

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    Sandrine Hennequin

    décembre 29, 2025 AT 22:50

    Je trouve que ce texte est absolument essentiel. Le Canada ne cherche pas à être le moins cher, il cherche à être le plus fiable. Quand tu as un enfant qui a besoin d'insuline ou un aîné qui dépend de son bronchodilatateur, le prix, c'est secondaire. La sécurité, c'est ce qui compte. J'ai vu des amis aux États-Unis qui ont dû choisir entre manger et prendre leur médicament... là, au Canada, on a un filet de sécurité. Même si c'est pas parfait, c'est humain. Et ça, ça vaut plus que n'importe quel dollar économisé.

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    Jean-Pierre Buttet

    décembre 31, 2025 AT 02:19

    Vous parlez de "philosophie de santé" comme si c'était une éthique kantienne. En réalité, le Canada a simplement un système inefficace qui paie des prix exorbitants pour éviter de gérer la concurrence. Les États-Unis ont un marché libre, donc des prix bas. Le Canada a un système bureaucratique qui négocie comme un fonctionnaire en retraite. Résultat : vous payez plus pour moins de choix. C'est de la faiblesse masquée en vertu.

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    Thomas Halbeisen

    décembre 31, 2025 AT 08:08

    Le Canada veut être sûr... mais il veut aussi que vous payiez pour cette sécurité comme si vous étiez dans un spa de luxe avec des médicaments en or massif. Pendant ce temps, aux USA, tu paies 12 dollars et tu t'en fous. Le vrai problème ? Les Canadiens se font chier à croire que leur système est moral alors qu'il est juste lent et cher. C'est pas de la solidarité, c'est du masochisme économique

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    Chantal Mees

    janvier 2, 2026 AT 05:58

    Il est important de souligner que la stabilité de l'approvisionnement en médicaments constitue un droit fondamental en matière de santé publique. La prévention des ruptures de stock, bien qu'elle puisse sembler coûteuse à court terme, permet d'éviter des conséquences sanitaires majeures à long terme. Cette approche précautionnelle, bien que moins spectaculaire, mérite d'être reconnue comme une avancée éthique.

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    Anne Ramos

    janvier 3, 2026 AT 12:24

    Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit... mais j'aimerais ajouter que le vrai génie du système canadien, c'est qu'il ne laisse personne derrière. Tu peux être pauvre, tu peux être âgé, tu peux vivre dans un village de 500 habitants... tu auras ton médicament. Aux États-Unis, c'est un jeu de loto avec ton assurance. Je connais une femme qui a dû attendre 3 semaines pour son inhalateur... pendant qu'elle toussait dans son lit. Le Canada, lui, ne joue pas à ce jeu-là. Et ça, c'est précieux.

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    Elise Alber

    janvier 3, 2026 AT 21:43

    Le modèle canadien repose sur une logique de gestion de la chaîne d'approvisionnement intégrée, avec des mécanismes de surveillance proactive des stocks et des interventions réglementaires basées sur des indicateurs de risque de pénurie. Ce cadre de résilience, contrairement au modèle réactif américain, permet une optimisation des ressources pharmaceutiques à l'échelle systémique, ce qui réduit les externalités négatives sur la santé publique.

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    james albery

    janvier 5, 2026 AT 16:27

    Le Canada a des prix plus élevés parce qu'il a des moins de concurrents. Point. C'est mathématique. Moins de fabricants = moins de pression concurrentielle = moins de baisse des prix. Et vous, vous faites des histoires de "philosophie" et de "sécurité" pour cacher le fait que c'est un système qui protège les profits des pharmas en masquant la réalité. Les Américains, eux, ont 7 fabricants par médicament. Vous avez 3. C'est tout. Arrêtez de moraliser.

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    Adrien Crouzet

    janvier 6, 2026 AT 19:54

    Je travaille dans une pharmacie à Trois-Rivières. On passe du temps à vérifier les niveaux de prix, les plans d'assurance... c'est lourd. Mais au moins, le patient n'a pas à appeler 3 pharmacies. Il vient, on lui donne le bon médicament au bon prix. Il n'a pas à devenir un expert en assurance. C'est plus simple. Et pour beaucoup, c'est plus apaisant.

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    Suzanne Brouillette

    janvier 8, 2026 AT 14:58

    Le Canada : "on te donne ton médicament, même si t'as pas d'argent" 😌
    USA : "tu cherches sur GoodRx pendant 2 heures, tu trouves 12$, mais si t'as pas d'assurance, t'as 50% de chances que ça soit en rupture" 🤯
    Je choisis le Canada. Pas parce que c'est parfait, mais parce que j'ai dormi tranquille pendant la crise de l'albutérol. 🙏

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    Jérémy Dabel

    janvier 9, 2026 AT 00:04

    je savais pas que les prix des génériques étaient si différents... j'ai toujours pensé que le canada etait moins cher partout. mais bon, si ça veut dire que je vais pas me retrouver sans mon traitement pendant une crise, je peux accepter de payer un peu plus. surtout que je sais que mon voisin, lui, il a aussi accès. c'est ça qui compte non ?

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    Guillaume Franssen

    janvier 10, 2026 AT 07:25

    Les américains pensent que le prix c'est tout... mais ils oublient que quand ton médicament disparaît, tu peux pas le chercher sur Google. Tu peux pas le commander en 2 jours. Tu peux pas le trouver sur un site web. Tu peux juste attendre. Et pendant ce temps, ton corps s'effondre. Le Canada, lui, a des gens qui regardent les stocks. Pas des algorithmes. Des humains. Et ça, c'est pas une économie. C'est une civilisation.

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    Élaine Bégin

    janvier 11, 2026 AT 03:56

    Arrêtez de faire des films sur le Canada. Vous payez plus parce que vous êtes faibles. Les USA ont des prix bas parce qu'ils ont du courage. Vous, vous avez peur de la concurrence. Vous préférez payer cher et vous sentir bien dans votre peau. C'est de la psychologie de gamin, pas de la politique de santé. Et vous avez le culot de dire que vous êtes moraux ?

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    Jean-François Bernet

    janvier 12, 2026 AT 17:24

    Le Canada est un pays qui a peur du marché. Il préfère des prix élevés et une fausse sécurité plutôt que de laisser les gens choisir. Vous appelez ça "équité" ? Moi, je l'appelle une tyrannie paternaliste. Si tu veux payer moins, va chercher ton médicament aux États-Unis. Personne ne t'empêche de le faire. Mais vous, vous voulez tout contrôler. Même les prix de vos pilules. C'est pathétique.

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