alt janv., 29 2026

Les médicaments contre les crises peuvent-ils vraiment nuire à un bébé à naître ?

Si vous prenez des médicaments pour contrôler vos crises d’épilepsie et que vous envisagez une grossesse, vous avez probablement déjà ressenti cette angoisse : prendre ces médicaments pourrait-il causer des malformations à mon bébé ? Et si je les arrête, est-ce que je vais avoir une crise grave qui mettra ma vie et celle de mon enfant en danger ? Ce n’est pas une simple question de peur - c’est une décision médicale complexe, avec des enjeux vitaux pour la mère et l’enfant.

La réalité est simple : oui, certains médicaments contre les crises augmentent le risque de malformations congénitales. Mais non, ce n’est pas une sentence. Des progrès majeurs ont été faits ces 20 dernières années. De nombreux médicaments sont aujourd’hui beaucoup plus sûrs. Et surtout, ne pas traiter les crises est souvent bien plus dangereux que de les contrôler avec les bons médicaments.

Quels médicaments sont les plus risqués pendant la grossesse ?

Le valproate (ou acide valproïque) reste le pire coupable. Chez les bébés exposés in utero, environ 10 % développent une malformation majeure - une proportion deux à cinq fois plus élevée que pour les autres médicaments. Ces malformations peuvent inclure des défauts du tube neural (comme la spina bifida), des malformations cardiaques, un palais fendu, un microcéphalie (tête plus petite que la normale), ou un développement lent après la naissance. Des études montrent aussi que ces enfants ont deux fois plus de risques d’être diagnostiqués avec un trouble du spectre de l’autisme ou un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Les autres médicaments à risque élevé sont la carbamazépine (Tegretol), la phénytoïne (Epanutin), le phénobarbital et le topiramate (Topamax). Leur danger augmente avec la dose. Par exemple, une femme prenant une dose élevée de carbamazépine a un risque plus important de bébé avec une malformation congénitale majeure qu’une femme prenant une dose basse.

En revanche, deux médicaments se démarquent par leur sécurité : la lamotrigine (Lamictal) et le levetiracetam (Keppra). Des études sur des centaines d’enfants nés de mères prenant ces traitements montrent que leur développement cognitif, moteur et linguistique est similaire à celui des enfants dont les mères n’ont pas d’épilepsie. À l’âge de deux ans, leur vocabulaire, leur coordination et leur capacité à interagir sont dans la norme. Ce sont aujourd’hui les premiers choix recommandés pour les femmes en âge de procréer.

Les interactions avec les contraceptifs : un piège souvent ignoré

Beaucoup de femmes ne savent pas que leurs médicaments contre les crises peuvent annuler l’efficacité de leur pilule contraceptive - et inversement. La carbamazépine, la phénytoïne, le phénobarbital, le topiramate à forte dose et l’oxcarbazépine accélèrent la dégradation des hormones dans le corps. Résultat : une pilule, un patch ou un anneau vaginal peut devenir totalement inefficace, même si elle est prise correctement.

Et ce n’est pas unilatéral. Les contraceptifs hormonaux réduisent aussi l’efficacité de certains anticonvulsivants. La lamotrigine, par exemple, peut voir sa concentration sanguine divisée par deux chez une femme qui prend une pilule œstro-progestative. Cela augmente le risque de crises. Le valproate, le zonisamide et le rufinamide peuvent aussi être affectés. C’est un cercle vicieux : un médicament rend l’autre moins efficace, et les deux peuvent échouer en même temps.

La conséquence ? Une grossesse non désirée. Une étude de 2023 montre que près de deux femmes sur trois dans les populations en âge de procréer ne savent pas que ces interactions existent. Et seulement un tiers reçoit des conseils adaptés à leurs objectifs de vie - comme avoir un enfant ou éviter une grossesse.

Neurologue et patiente en consultation, discutant d'un traitement sûr pendant la grossesse avec acide folique.

Les crises non contrôlées : le vrai danger

Il est crucial de comprendre ceci : arrêter un médicament sans supervision médicale est une erreur fréquente, et souvent fatale. Une crise tonico-clonique pendant la grossesse peut provoquer une chute, une hypoxie (manque d’oxygène) du fœtus, une décollement du placenta, ou même une fausse couche. Les risques d’une crise non contrôlée sont bien plus élevés que ceux d’un médicament bien choisi.

Les neurologues parlent d’un « double lien cruel » : d’un côté, vous avez besoin d’un médicament pour éviter les crises ; de l’autre, ce même médicament peut nuire au bébé. Mais la vérité est que le pire choix n’est pas de prendre un médicament risqué - c’est de ne rien prendre du tout.

Des données de l’Institut national de la santé américain (NIH) confirment : aucune femme enceinte ne doit arrêter son traitement sans avis médical. La gestion de l’épilepsie pendant la grossesse n’est pas une question de « tout arrêter » ou « tout garder » - c’est une question de « bien choisir ».

Comment préparer une grossesse en toute sécurité ?

La clé, c’est la planification. Si vous avez de l’épilepsie et que vous pensez à avoir un enfant, ne patientez pas jusqu’à ce que vous soyez enceinte. Consultez votre neurologue au moins six mois avant de cesser toute contraception.

Voici ce qu’il faut faire :

  1. Passer un bilan complet : vérifier la fréquence et la gravité de vos crises, les médicaments que vous prenez, et vos antécédents médicaux.
  2. Discuter de la possibilité de changer de traitement : passer du valproate à la lamotrigine ou au levetiracetam, si possible.
  3. Utiliser la dose la plus faible efficace : plus la dose est basse, plus le risque est réduit.
  4. Prendre de l’acide folique à haute dose (5 mg par jour) : cela réduit de 60 à 70 % le risque de défauts du tube neural, même si vous prenez un médicament à risque.
  5. Choisir une contraception fiable : si vous n’êtes pas prête à être enceinte, privilégiez un stérilet hormonal ou une méthode non hormonale (comme le cuivre), car les pilules sont souvent inefficaces avec les anticonvulsivants.

En France, une étude publiée dans Neurology a montré que les femmes avec moins de ressources économiques sont plus souvent exposées aux médicaments à haut risque. Ce n’est pas un hasard : elles ont moins accès à des neurologues spécialisés, à des consultations préconceptionnelles, ou à des alternatives plus sûres. La qualité des soins doit être équitable - et elle peut l’être.

Représentation symbolique d'un médicament dangereux contre un médicament sûr, entouré de fleurs de lotus et de lumière.

Les progrès récents : un espoir réel

Entre 1997 et 2011, le taux de malformations congénitales majeures chez les bébés exposés aux anticonvulsivants a diminué de 39 %. Pourquoi ? Parce que les médecins ont appris à éviter le valproate, à prescrire des doses plus faibles, et à privilégier les médicaments comme la lamotrigine.

Des études de l’Université de Stanford ont suivi 298 enfants nés de mères prenant des anticonvulsivants modernes. À deux ans, leur développement du langage était identique à celui des enfants du groupe témoin. Même les enfants exposés aux doses les plus élevées n’ont montré que des retards mineurs, et seulement dans certains domaines.

Cela ne veut pas dire que tout est parfait. Onze autres médicaments n’ont pas encore été étudiés suffisamment pour être jugés sûrs pendant la grossesse. Mais le chemin est tracé. Les femmes peuvent aujourd’hui avoir des enfants en toute sécurité - à condition d’être bien accompagnées.

Que faire si vous êtes déjà enceinte et que vous prenez un médicament à risque ?

Ne paniquez pas. Ne changez rien sans consulter votre médecin. Un changement brutal de traitement peut déclencher des crises plus graves que les risques du médicament lui-même.

Si vous prenez du valproate, parlez à votre neurologue dès que possible. Il ou elle pourra évaluer si une transition vers un médicament plus sûr est possible, et à quelle vitesse. Parfois, il faut réduire progressivement la dose pendant que l’autre médicament est introduit. Cela prend du temps, mais c’est faisable.

Si vous prenez de la carbamazépine ou du topiramate, demandez à vérifier votre taux sanguin. Un dosage peut montrer si la dose est encore efficace, ou si elle doit être ajustée. Et n’oubliez pas l’acide folique - même si vous êtes déjà enceinte, commencer à en prendre maintenant peut encore réduire les risques.

Le mot de la fin : vous n’êtes pas seule

Les femmes avec épilepsie ont longtemps été poussées à renoncer à la maternité. Dans les années 1950, certains États américains interdisaient même le mariage aux personnes épileptiques. Aujourd’hui, c’est fini. La science a changé. Les médicaments ont changé. Et les femmes ont le droit de choisir.

Vous avez le droit d’avoir un enfant. Vous avez le droit d’être en sécurité. Vous avez le droit d’être bien informée. Ce n’est pas une question de chance - c’est une question de soins adaptés. Si votre médecin ne vous en parle pas, demandez. Si vous n’avez pas accès à un neurologue spécialisé, cherchez un centre d’épilepsie ou une association de patients. Des ressources existent.

Les bébés nés de mères avec épilepsie sont, dans plus de 90 % des cas, parfaits. Ce n’est pas une promesse vide. C’est une réalité, fondée sur des décennies de recherche, de données et de soins améliorés. Vous n’avez pas à choisir entre votre santé et celle de votre enfant. Vous pouvez avoir les deux - si vous avez les bons conseils.

Le valproate est-il interdit pendant la grossesse en France ?

Oui, le valproate est formellement contre-indiqué chez les femmes en âge de procréer, sauf dans des cas très rares où aucun autre traitement n’est efficace. La Haute Autorité de Santé et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) exigent un protocole strict : une contraception obligatoire, un consentement écrit renouvelé chaque année, et une évaluation annuelle des risques. Même dans ces cas, la dose doit être la plus faible possible.

La lamotrigine est-elle vraiment sûre pendant la grossesse ?

Oui, la lamotrigine est l’un des médicaments les plus étudiés et les plus sûrs pendant la grossesse. Des études sur des milliers de grossesses montrent qu’elle n’augmente pas significativement le risque de malformations congénitales. Son seul inconvénient est qu’elle peut être moins efficace si vous prenez des contraceptifs hormonaux. Il faut surveiller votre taux sanguin et ajuster la dose si nécessaire.

Puis-je allaiter si je prends un médicament contre les crises ?

Oui, la plupart des médicaments contre les crises passent en très faible quantité dans le lait maternel. La lamotrigine et le levetiracetam sont particulièrement adaptés à l’allaitement. Même le valproate peut être utilisé avec prudence, car la quantité transférée est faible. L’allaitement est recommandé, car les bénéfices pour le bébé (immunité, lien affectif, développement cognitif) dépassent largement les risques minimes liés aux médicaments.

Pourquoi la dose du médicament doit-elle être ajustée pendant la grossesse ?

Pendant la grossesse, votre corps change : votre volume sanguin augmente, votre foie et vos reins travaillent plus vite. Cela fait que certains médicaments sont éliminés plus rapidement. La lamotrigine, par exemple, peut être métabolisée jusqu’à deux fois plus vite au troisième trimestre. Si vous ne changez pas votre dose, vous risquez d’avoir des crises. Des contrôles sanguins réguliers sont essentiels pour ajuster les doses au bon moment.

Les suppléments comme l’acide folique sont-ils vraiment utiles ?

Oui, et c’est crucial. Prendre 5 mg d’acide folique par jour, au moins trois mois avant la conception et pendant les trois premiers mois de grossesse, réduit de 60 à 70 % le risque de malformations du tube neural - même si vous prenez un médicament à risque comme le valproate. C’est une des mesures les plus efficaces et les moins coûteuses pour protéger votre bébé.

4 Commentaires

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    BERTRAND RAISON

    janvier 30, 2026 AT 22:47
    Bon, j'ai lu. Et alors ?
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    Claire Copleston

    janvier 31, 2026 AT 16:53
    On dirait un manuel de pharmacie écrit par un robot qui a lu trop de brochures de l'ANSM. Où sont les voix des femmes qui ont vécu ça ?
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    Clément DECORDE

    février 1, 2026 AT 18:32
    Si vous prenez de la lamotrigine et que vous utilisez une pilule, vérifiez vos taux sanguins tous les 3 mois. J'ai vu des patientes avoir des crises parce qu'elles croyaient que leur contraception « marchait encore ». C'est un piège classique.
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    Vincent S

    février 3, 2026 AT 04:35
    L'article est rigoureusement fondé sur les données de l'ANSM et de l'INPES, avec une revue systématique des études cohorte de 2010 à 2023. La réduction de 39 % des malformations congénitales est statistiquement significative (p < 0,001). Le valproate demeure une contre-indication absolue en l'absence de preuve d'échec thérapeutique avec des alternatives. La littérature récente, notamment l'étude de Stanford, confirme l'absence de déficit neurodéveloppemental significatif avec la lamotrigine et le levetiracetam.

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