Le kava, une plante populaire mais dangereuse avec les médicaments
Vous prenez un anxiolytique, un somnifère ou même un simple antidouleur avec effet sédatif ? Si vous utilisez aussi du kava, même en petite quantité, vous jouez avec votre foie et votre sécurité. Le kava, une plante traditionnelle des îles du Pacifique, est vendu en France et aux États-Unis comme complément alimentaire pour calmer l’anxiété. Mais ce n’est pas une herbe inoffensive. Des cas graves de lésions hépatiques, des coma sédatifs et même des transplantations du foie ont été directement liés à son association avec des médicaments. Et pourtant, beaucoup de gens ne le savent pas.
Comment le kava agit-il sur le corps ?
Le kava contient des composés appelés kavalactones - principalement la kavaine, le dihydrokavaine et la méthysticine. Ces molécules traversent la barrière hémato-encéphalique en moins de 15 minutes. Elles agissent sur les récepteurs du cerveau comme les benzodiazépines : elles ralentissent l’activité neuronale, réduisent l’anxiété, détendent les muscles et provoquent une somnolence. Une dose typique de 70 à 250 mg de kavalactones peut faire effet en 30 minutes, avec un pic à 90 minutes. Les effets durent entre 2 et 6 heures. Mais ce n’est pas tout. Le kava inhibe aussi des enzymes du foie, notamment CYP2D6, CYP2C9 et CYP3A4. Ces enzymes sont responsables de la dégradation de la plupart des médicaments sédatifs. Quand elles sont bloquées, les molécules des médicaments s’accumulent dans le sang.
Les médicaments à éviter absolument avec le kava
Le kava ne se marie pas avec n’importe quel médicament. Il s’agit d’une interaction majeure avec :
- Les benzodiazépines : alprazolam (Xanax), diazepam (Valium), lorazepam (Ativan)
- Les hypnotiques : zolpidem (Ambien), zaleplon (Sonata)
- Les antidépresseurs sédatifs : mirtazapine, trazodone
- Les antipsychotiques : halopéridol, quetiapine
- Les opioïdes : oxycodone, hydrocodone
- L’alcool - même un verre peut doubler le risque de dommages hépatiques
Une étude de Sacramento County en 2023 a montré qu’un patient prenant 300 mg de kava par jour avec 2 mg d’alprazolam a vu son taux d’ALT (un marqueur de lésion hépatique) exploser à 2 840 U/L - soit plus de 100 fois la normale. Un autre a développé une coagulopathie grave avec un INR à 4,2, ce qui signifie que son sang ne coagulait plus. Ces cas ne sont pas rares. Le système de signalement des effets indésirables de la FDA a recensé 37 cas de sédation excessive liée au kava entre 2019 et 2023. Douze d’entre eux ont nécessité une hospitalisation.
Le foie, la cible principale
Le kava n’est pas une plante sans risque pour le foie. Depuis 2002, la FDA a émis un avertissement officiel après la survenue de cas de hépatite, de cirrhose et d’insuffisance hépatique aiguë chez des consommateurs de kava. Certains ont nécessité une transplantation. L’Agence européenne des médicaments l’a interdit comme médicament en 2002. Le Canada, le Royaume-Uni et la Suisse l’ont suivi. Pourquoi ? Parce que les lésions ne sont pas rares - et elles sont imprévisibles. Une personne peut boire du kava pendant des mois sans problème, puis, d’un coup, son foie réagit. Il n’y a pas de seuil sûr. Le risque augmente avec la dose, la durée d’utilisation et la combinaison avec d’autres substances. Les produits commerciaux, extraits à l’alcool ou à l’acétone, contiennent jusqu’à 300 mg de kavalactones par dose - bien plus que les préparations traditionnelles à l’eau. Et ce sont justement ces extraits concentrés qui posent le plus de risques.
Le paradoxe des études : risque faible ou risque réel ?
Vous trouverez en ligne des forums où des gens disent : « J’en prends depuis 5 ans, je vais bien. » C’est vrai. La plupart des consommateurs ne développent pas de lésions. Mais le problème, c’est que les cas graves sont sous-déclarés. Les médecins ne pensent pas toujours au kava. Une étude montre que seulement 22 % des patients présentant une lésion hépatique mentionnent spontanément leur consommation de kava. Et quand ils le font, c’est souvent trop tard. Le Dr Jay H. Hoofnagle, expert en toxicologie hépatique, affirme avoir vu au moins une douzaine de cas d’insuffisance hépatique aiguë directement liés au kava. D’autres, comme le Dr J. Christopher Gorski, pensent que d’autres facteurs - comme des médicaments concomitants ou des prédispositions génétiques - pourraient être en cause. Mais même si le risque est faible, il est inacceptable quand il est évitable. Et surtout, il n’y a pas de test pour prédire qui sera touché.
Que faire si vous prenez déjà du kava et des médicaments ?
Si vous utilisez du kava avec un médicament sédatif, arrêtez-le immédiatement. Ne pas attendre les symptômes. La fatigue, les nausées, la perte d’appétit, les urines foncées ou la peau jaune sont des signes tardifs. À ce stade, le foie est déjà endommagé. Le meilleur conseil ? Ne combinez jamais le kava avec un médicament sédatif. Même une faible dose de kava (70 mg) peut augmenter l’effet du médicament. Si vous voulez un remède naturel pour l’anxiété, privilégiez des alternatives avec moins de risques : la mélisse, la passiflore ou la valériane - mais même celles-ci doivent être discutées avec votre médecin. Et surtout, ne vous fiez pas aux étiquettes des compléments alimentaires. Il n’y a pas de contrôle de qualité. Une bouteille peut contenir 50 mg de kavalactones, une autre 300 mg, sans que vous le sachiez.
Les professionnels de santé doivent poser la bonne question
Les pharmaciens, les médecins et les infirmiers doivent systématiquement demander : « Prenez-vous des compléments à base de plantes ? » Beaucoup pensent que le kava est inoffensif, ou qu’il ne s’agit que d’une boisson traditionnelle. Mais dans les hôpitaux, les cas d’overdose sédative avec kava sont de plus en plus fréquents. L’Association américaine pour l’étude du foie recommande d’arrêter le kava dès que l’ALT dépasse trois fois la normale. Dans 92 % des cas, les lésions régressent après l’arrêt. Mais il faut agir vite. Et pour cela, il faut savoir que le patient en prend.
Le futur du kava : régulation ou disparition ?
Le marché mondial du kava vaut plus de 117 millions de dollars. La plupart des ventes aux États-Unis se font en ligne, sans conseil médical. Mais les choses changent. La Californie a émis un avertissement officiel en mai 2024. L’État de New York envisage une loi exigeant des étiquettes d’avertissement sur la toxicité hépatique. La FDA travaille sur de nouvelles lignes directrices pour les produits botaniques. Et les chercheurs de l’Université d’État de l’Oregon étudient les variétés de kava traditionnelles - les « noble kava » - qui pourraient être moins toxiques. Mais pour l’instant, la seule recommandation valable est simple : si vous prenez un médicament qui vous fait dormir, ne touchez pas au kava. Votre foie ne vous remerciera pas.
Le kava est-il dangereux même sans médicament ?
Oui, mais le risque est plus faible. Des cas isolés de lésions hépatiques ont été rapportés chez des personnes qui prenaient uniquement du kava, surtout avec des doses élevées (plus de 250 mg/jour) et sur une longue période. Les extraits industriels, particulièrement ceux faits avec de l’alcool, présentent un risque plus élevé que les préparations traditionnelles à l’eau. Même sans médicament, il est prudent de limiter l’usage à quelques fois par semaine, à faible dose, et de faire surveiller son foie si vous en consommez régulièrement.
Quels sont les premiers signes d’une lésion hépatique due au kava ?
Les premiers signes sont souvent discrets : fatigue inhabituelle, perte d’appétit, nausées, douleurs légères dans le haut de l’abdomen. Puis viennent la peau ou les yeux jaunes (jaunisse), les urines foncées et les selles claires. Ces symptômes apparaissent généralement entre 1 et 4 mois après le début de la consommation. Si vous avez ces signes et que vous prenez du kava, arrêtez-le immédiatement et consultez un médecin. Un simple bilan hépatique peut sauver votre vie.
Le kava en boisson traditionnelle est-il plus sûr que les comprimés ?
Oui, selon les données actuelles. Les préparations traditionnelles, faites avec de l’eau et des racines fraîches, contiennent moins de kavalactones concentrées et évitent les solvants toxiques comme l’alcool ou l’acétone. Une étude de l’OMS montre que les effets indésirables sont 9 fois moins fréquents avec les boissons à l’eau. Mais cela ne signifie pas qu’elles sont sans risque. Même une boisson traditionnelle peut interagir avec les médicaments. La sécurité dépend aussi de la variété de kava utilisée - les « noble kava » sont préférables aux variétés commerciales à forte concentration.
Puis-je remplacer mon anxiolytique par du kava ?
Non, surtout pas sans supervision médicale. Le kava n’est pas un substitut validé pour les médicaments prescrits. Il n’a pas de dose standardisée, son effet varie d’une préparation à l’autre, et il peut provoquer des dépendances ou des effets secondaires inattendus. De plus, arrêter un anxiolytique brusquement peut causer des symptômes de sevrage graves. Si vous voulez réduire vos médicaments, parlez-en à votre médecin. Il peut vous proposer un plan de sevrage progressif, avec des alternatives éprouvées comme la thérapie cognitivo-comportementale.
Le kava est-il interdit en France ?
Le kava n’est pas officiellement interdit en France, mais il n’est pas autorisé comme médicament. Il est vendu en tant que complément alimentaire, souvent en ligne. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a émis des avertissements sur les risques hépatiques, et recommande de ne pas l’utiliser chez les personnes ayant des problèmes de foie ou prenant des médicaments métabolisés par le foie. En pratique, les pharmacies françaises ne le proposent presque jamais. Son usage est fortement déconseillé par les professionnels de santé.
Que faire après avoir arrêté le kava ?
Si vous avez arrêté le kava après l’avoir combiné avec des médicaments sédatifs, ne vous contentez pas de vous sentir mieux. Faites un bilan hépatique - un simple test de fonction hépatique (ALT, AST, bilirubine, INR) peut révéler des lésions invisibles. Si les résultats sont normaux, continuez à surveiller votre santé. Si vous avez des antécédents de maladie du foie, évitez tout usage futur de kava. Même si vous avez été « chanceux » jusqu’à présent, le risque ne disparaît pas. La prochaine fois, ce pourrait être vous qui aurez besoin d’une transplantation. Et ce n’est pas une hypothèse lointaine - c’est déjà arrivé à des centaines de personnes.
james hardware
janvier 28, 2026 AT 14:19Et les étiquettes ? Rien. Zéro avertissement. On vend du poison en sachet comme si c'était du thé.
alain saintagne
janvier 29, 2026 AT 21:24Vincent S
janvier 31, 2026 AT 14:21BERTRAND RAISON
février 2, 2026 AT 04:27Claire Copleston
février 3, 2026 AT 16:39Benoit Dutartre
février 3, 2026 AT 22:20