alt janv., 22 2026

Vous avez peut-être entendu dire que la pression artérielle idéale est de 120/80. Mais est-ce vrai pour tout le monde ? Si votre médecin vous dit de viser 140/90, est-ce qu’il vous laisse tomber ? La vérité, c’est que les recommandations médicales sur la pression artérielle sont en pleine guerre d’interprétation. Et votre santé ne doit pas dépendre d’un seul chiffre.

Le mythe du chiffre magique : 120/80

Le chiffre 120/80 mm Hg est devenu une référence universelle. Il est affiché dans les salles d’attente, répété par les applications de santé, et même utilisé comme objectif de bien-être sur les bracelets connectés. Mais ce n’est pas une règle absolue. C’est une cible idéale pour une personne jeune, en bonne santé, sans maladie chronique. Pour elle, atteindre ce chiffre réduit vraiment le risque de crise cardiaque, d’AVC ou d’insuffisance rénale.

Mais quand vous avez 70 ans, des reins fatigués, ou que vous avez déjà eu une chute à cause d’un malaise, cette cible devient dangereuse. Une pression trop basse peut vous faire étourdir, vous faire tomber, ou même endommager vos reins. Les études montrent que pour les personnes âgées ou fragiles, forcer la pression sous 130 mm Hg systolique augmente les risques de syncope, d’insuffisance rénale aiguë, et d’hyperkaliémie - sans réduire significativement le nombre de décès.

Les grandes lignes directrices en désaccord

Les grandes sociétés médicales ne s’entendent pas. L’American Heart Association et l’American College of Cardiology (AHA/ACC), dans leur mise à jour de 2025, recommandent de viser une pression systolique <130 mm Hg - et même <120 mm Hg si c’est possible. Leur base ? L’étude SPRINT, qui a montré une réduction de 25 % des événements cardiovasculaires majeurs chez des patients sélectionnés. Mais cette étude a exclu les personnes diabétiques, celles à risque de chute, et les plus âgées avec plusieurs maladies. Ce n’est pas la réalité de la plupart des cabinets de médecin de famille.

En revanche, l’American Academy of Family Physicians (AAFP) maintient une cible de 140/90 mm Hg comme objectif principal. Pourquoi ? Parce que les données montrent que les bénéfices supplémentaires de descendre sous 130 sont minimes. Sur 137 patients traités intensivement pendant 3,7 ans, un seul événement cardiaque majeur est évité. En contrepartie, un patient sur 33 développe un effet secondaire grave : étourdissements, chute, baisse de la fonction rénale. Pour eux, la règle est simple : moins de médicaments, moins de risques, même si la pression n’est pas parfaite.

Au Japon, la société de l’hypertension (JSH) a pris une décision radicale en janvier 2025 : tout le monde, quel que soit son âge ou sa santé, doit viser <130/80 mm Hg. Leur argument ? Une méta-analyse massive montre qu’une réduction de 5 mm Hg de la pression systolique diminue de 10 % le risque d’événement cardiovasculaire - même chez les plus de 80 ans. Mais ils insistent aussi sur un point crucial : un suivi rigoureux. Pas de cible basse sans contrôles fréquents, sans ajustements rapides, sans écoute du patient.

En Europe, la Société Européenne d’Hypertension (ESH) propose un compromis : 120-129/70-79 pour les moins de 65 ans, 130-139 pour les 65-79 ans, et jusqu’à 140-150 pour les plus de 80 ans. C’est une approche par âge, pas par chiffre unique. Elle reconnaît que le corps change avec le temps.

Clinique médicale où un jeune homme et une femme âgée sont représentés avec des cibles de pression différentes, entourées de symboles de sécurité et de risque.

Qui a raison ? Et que faire en pratique ?

Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Ce qui marche pour un homme de 45 ans, en bonne forme, sans médicament, ne marche pas pour une femme de 82 ans avec insuffisance rénale et prise de 5 médicaments différents. La vraie question n’est pas « Quelle est la meilleure cible ? », mais « Quelle cible est la plus sûre pour vous ? »

Les médecins qui suivent les lignes directrices de l’AAFP ne sont pas des rétrogrades. Ils voient chaque jour des patients qui tombent parce qu’ils ont trop baissé leur pression. Ils voient des reins qui se détériorent après un changement de traitement. Ils savent que la pression artérielle n’est pas un nombre à atteindre à tout prix - c’est un outil pour éviter les complications.

Les partisans des cibles basses ne sont pas non plus des extrémistes. Ils savent que la pression élevée tue. Que 46,7 % des Américains ont une hypertension. Que chaque millimètre de mercure en moins réduit le risque. Leur objectif : sauver des vies en agissant plus tôt, surtout chez les jeunes à risque.

Le vrai levier : la prise en charge personnalisée

La solution n’est pas de choisir entre 120/80 et 140/90. C’est d’adopter une approche individualisée. Voici comment ça marche en pratique :

  • Si vous avez moins de 65 ans, sans maladie chronique, et que votre pression est à 135/85 : commencez par changer votre mode de vie. Moins de sel, plus d’activité, moins d’alcool. Revenez dans 3 à 6 mois.
  • Si vous avez déjà eu un infarctus, un AVC, ou du diabète : votre cible doit être plus basse. 130/80 ou moins, avec un suivi mensuel pour vérifier que vous n’êtes pas trop bas.
  • Si vous avez plus de 75 ans, que vous avez déjà fait une chute, ou que vous prenez plusieurs médicaments : 140/90 est souvent la cible la plus sûre. Descendre plus bas peut vous nuire plus qu’il ne vous aide.
  • Si vous avez une maladie rénale chronique : votre cible dépend de votre taux de protéines dans les urines. Votre néphrologue vous guidera.
Les outils comme le calculateur PREVENT, utilisé dans 78 % des cabinets américains, aident à évaluer votre risque cardiovasculaire sur 10 ans. Mais ce n’est pas une machine à décider à votre place. C’est une aide pour la conversation.

Mandala médical cosmique avec des données personnelles et trois cibles de pression flottantes, symbolisant une approche personnalisée de la santé.

Les pièges à éviter

Beaucoup de patients pensent que plus leur pression est basse, mieux c’est. C’est une erreur dangereuse. Voici les erreurs courantes :

  • Changer de médicament pour atteindre 120/80 : si vous vous sentez étourdi, fatigué, ou si vous avez des vertiges en vous levant, votre pression est probablement trop basse. Parlez-en à votre médecin avant d’ajuster vous-même.
  • Ignorer les symptômes : la pression artérielle ne se mesure pas qu’avec un appareil. Si vous avez des maux de tête fréquents, des nausées, ou une vision floue après un changement de traitement, ce n’est pas normal.
  • Ne pas suivre les contrôles : les cibles basses nécessitent des contrôles plus fréquents. Si vous ne revenez pas pour vos analyses de sang ou vos vérifications de pression, vous courez un risque inutile.
  • Confondre pression et stress : votre pression peut monter parce que vous êtes stressé à la salle d’attente. Ne vous fiez pas à un seul chiffre. Un suivi à domicile est plus fiable.

Le futur : vers une médecine plus précise

Les chercheurs travaillent déjà sur des algorithmes qui intègrent non seulement votre âge et votre pression, mais aussi votre génétique, vos marqueurs biologiques, vos habitudes de sommeil, et même votre situation sociale. L’idée ? Prédire, pour chaque patient, quelle cible de pression réduira le risque sans causer de dommages.

Un nouveau projet, le SPRINT-2, lancé en mars 2025 avec 47,2 millions de dollars de financement, va étudier exactement ça : des patients plus divers - avec diabète, âgés, à risque de chute - pour voir si les cibles basses sont vraiment sûres dans la vraie vie.

En attendant, la meilleure stratégie reste simple : parlez avec votre médecin. Posez ces questions :

  • Quelle est ma cible de pression, et pourquoi ?
  • Quels sont les risques si je vais plus bas ?
  • Quels sont les signes que je dois surveiller à la maison ?
  • Est-ce que je peux réduire les médicaments si je change mon mode de vie ?
La pression artérielle n’est pas un ennemi à abattre. C’est un signal. Et comme tout signal, il faut l’écouter - pas le forcer.

La pression artérielle de 120/80 est-elle toujours la bonne cible ?

Non, ce n’est pas une cible universelle. Pour les jeunes en bonne santé, c’est idéal. Pour les personnes âgées, celles avec des maladies chroniques ou un risque de chute, une cible plus élevée (comme 130/80 ou même 140/90) peut être plus sûre. L’objectif n’est pas d’atteindre un chiffre parfait, mais de réduire les risques sans causer d’effets secondaires.

Pourquoi les médecins ne sont-ils pas tous d’accord sur les cibles ?

Parce qu’ils regardent des données différentes. Les cardiologues se basent sur des études comme SPRINT, qui montrent des bénéfices chez des patients sélectionnés. Les médecins de famille voient les effets réels dans la pratique : des chutes, des insuffisances rénales, des hospitalisations dues à une pression trop basse. Leur priorité est la sécurité à long terme, pas seulement le chiffre sur l’écran.

Faut-il prendre un deuxième médicament pour atteindre 120/80 ?

Pas forcément. Pour les patients à risque élevé (diabète, maladie cardiaque), un traitement combiné peut être recommandé pour agir plus vite. Mais pour les personnes à faible risque, les changements de mode de vie (alimentation, activité physique, perte de poids) peuvent suffire. Ajouter un médicament supplémentaire augmente les risques d’effets secondaires sans toujours apporter de bénéfice réel.

Comment savoir si ma pression est trop basse ?

Si vous avez des étourdissements, des vertiges en vous levant, une vision floue, des nausées, ou si vous vous sentez faible ou fatigué sans raison, votre pression pourrait être trop basse. C’est particulièrement vrai si vous venez de changer de traitement. Ne vous fiez pas seulement à l’appareil : écoutez votre corps. Consultez votre médecin si ces symptômes apparaissent.

Les appareils à domicile sont-ils fiables pour suivre ma pression ?

Oui, mais seulement si vous les utilisez correctement. Choisissez un appareil homologué (avec brassard au bras, pas au poignet). Mesurez-vous au repos, assis, après 5 minutes de calme, deux fois par jour, pendant une semaine. Notez les valeurs. Apportez ce carnet à votre médecin. Une seule mesure à la salle d’attente est souvent fausse - c’est ce qu’on appelle l’hypertension de la blouse blanche.

9 Commentaires

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    Nathalie Silva-Sosa

    janvier 24, 2026 AT 01:43

    C’est fou comment on réduit la santé à un chiffre… 😅 Moi, j’ai 68 ans, diabétique, et mon cardio m’a dit de viser 140/85. J’ai essayé de descendre à 120, j’ai failli m’écraser en sortant de la douche. La médecine, c’est pas du sudoku. On est des humains, pas des capteurs Bluetooth. 🩺❤️

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    Marie Jessop

    janvier 25, 2026 AT 19:57

    Les Américains veulent tout contrôler, même nos artères. Pendant ce temps, en France, on a encore des médecins qui regardent le patient, pas juste l’écran. 120/80 ? C’est le rêve d’un ingénieur en santé publique qui n’a jamais tenu un stéthoscope. La vraie médecine, c’est l’individu, pas le benchmark.

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    Pastor Kasi Ernstein

    janvier 26, 2026 AT 12:43

    Les directives de l’AHA/ACC sont un piège géopolitique. Les laboratoires pharmaceutiques financent ces recommandations pour vendre davantage d’antihypertenseurs. Les chiffres changent chaque année parce que les profits doivent augmenter. Votre pression artérielle n’est pas un indicateur de santé - c’est un indicateur de manipulation. Les gouvernements veulent vous rendre dépendants. Regardez les statistiques : les pays où la pression est moins surveillée ont une espérance de vie plus élevée.

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    Diane Fournier

    janvier 28, 2026 AT 02:55

    Je me demande pourquoi personne ne parle du fait que les études sur les cibles de pression sont souvent financées par des firmes qui vendent des médicaments. Et puis, pourquoi les gens âgés sont-ils systématiquement traités comme des cas à risque ? On dirait qu’on les considère comme des patients en fin de vie avant même qu’ils ne le soient. C’est un peu flippant, non ?

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    Nathalie Tofte

    janvier 29, 2026 AT 08:57

    Il y a une erreur dans votre texte : vous écrivez « sans réduire significativement le nombre de décès » - or, la plupart des méta-analyses (comme celle de la Cochrane en 2023) montrent une réduction statistiquement significative des événements cardiovasculaires majeurs, même chez les personnes âgées, à condition que la réduction soit progressive. Votre affirmation est mal fondée. Et puis, « malaise » n’est pas un diagnostic. Merci de vérifier vos sources avant de publier.

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    Henri Jõesalu

    janvier 30, 2026 AT 21:20

    Mon père a eu un AVC à 72, il avait 118/76. Oui, tu as bien lu. Il était trop bas. Les médecins l’ont traité comme un cas d’urgence, mais personne n’a vu qu’il avait perdu 15 kg en 3 mois et qu’il buvait plus d’eau que de café. Le chiffre, c’est du vent. La vraie question, c’est : est-ce que la personne va bien ? Pas : est-ce que le chiffre est joli ?

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    Seydou Boubacar Youssouf

    janvier 31, 2026 AT 15:46

    Et si la pression artérielle n’était pas un problème à résoudre, mais une signature de vie ? Qu’on arrête de vouloir la normaliser comme si on était dans un laboratoire de biologie moléculaire. La nature n’a pas de normes. Elle a des rythmes. Et peut-être que notre corps sait mieux que les algorithmes quand il faut baisser ou monter. On oublie que la médecine moderne a inventé des maladies pour vendre des traitements. La pression, c’est juste une onde. Pas un jugement.

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    Jean-marc DENIS

    janvier 31, 2026 AT 16:12

    Je suis d’accord avec Nathalie Silva-Sosa - c’est pas un chiffre, c’est un contexte. Mais je me demande aussi : pourquoi on ne parle jamais de la pression du quotidien ? Le stress, la solitude, la nourriture industrielle… On traite le symptôme, pas la cause. Et on s’étonne que les gens ne guérissent pas. On cherche à éteindre le feu avec un gobelet d’eau.

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    Louis Stephenson

    février 1, 2026 AT 14:08

    Le vrai problème, c’est qu’on attend trop de la médecine. On veut un chiffre magique pour tout : poids, sommeil, pression, glycémie. Mais la santé, c’est pas un tableau Excel. C’est un dialogue. Un jour tu es à 135/82, le lendemain à 145/88 - et c’est normal. Le médecin idéal, c’est celui qui t’écoute, pas celui qui te dit « vous êtes hors normes ». Je suis content que ce post le dise. Merci.

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